À propos de la théorie des âges planétaires

Par Manuel da Costa — GéoAstro

Dans notre étude consacrée aux joueurs d’échecs classés GMI, nous avons vu que Mars et Saturne apparaissaient nettement survalorisées, ce qui suggère un lien avec certaines aptitudes cognitives mobilisées par le jeu d’échecs. Afin de prolonger cette réflexion dans le cadre de la théorie des âges planétaires1, partons du constat suivant : certains joueurs avaient déjà atteint un niveau international alors qu’ils se trouvaient encore dans l’âge jupitérien, qui s’étend de 2 à 12 ans.

Des manifestations planétaires précoces ?

Parmi les très jeunes joueurs d’échecs, citons notamment les deux plus jeunes « prodiges », selon Wikipédia : l’Ukrainien Sergueï Kariakine, devenu grand maître international (GMI) à l’âge de 12 ans et 7 mois, et l’Américain d’origine indienne Abhimanyu Mishra, devenu à son tour grand maître international en 2021, à l’âge de 12 ans et 4 mois. Abhimanyu Mishra avait déjà obtenu le titre de maître international (MI) à 10 ans et 9 mois, et il était dès lors capable d’affronter et de battre des joueurs de niveau international. Sergueï Kariakine avait lui aussi obtenu le titre de maître international avant l’âge de 12 ans, tout comme d’autres enfants prodiges aux échecs.

Nous partirons également du postulat que le développement d’un haut niveau au jeu d’échecs suppose un degré élevé de facultés cognitives dites « hypothético-déductives », lesquelles, selon les psychogénéticiens, commencent à se manifester de manière caractéristique à partir de 12 ans, c’est-à-dire au début de l’âge saturnien, qui s’étend de 12 à 30 ans. Rappelons d’ailleurs que Saturne, tout comme Mars, apparaît survalorisée dans notre étude consacrée aux joueurs d’échecs classés GMI.

La question qui nous occupe est donc la suivante : comment se développent les apprentissages propres à chaque planète lorsque le sujet n’a pas encore atteint l’âge qui lui correspond selon la théorie des âges planétaires ? Dans le cas qui nous sert ici d’exemple, il s’agit de comprendre de quelle manière la fonction saturnienne a pu se développer chez des joueurs d’échecs qui avaient déjà atteint un niveau international alors qu’ils se trouvaient encore dans l’âge jupitérien.

Le cas de Saturne chez les jeunes joueurs d’échecs

Avant même d’atteindre l’âge qui lui correspond selon la théorie des âges, chaque planète a déjà commencé sa révolution sidérale. Elle a donc déjà formé, en transit, des aspects à sa propre position natale ainsi qu’aux autres planètes du thème astrologique. Cela explique que l’on puisse observer, chez des enfants encore en âge jupitérien, certaines préfigurations de comportements et de facultés relevant de la fonction saturnienne. Il demeure néanmoins certain que la planète s’y exprimera de manière moins nette, puisque l’âge auquel elle exprime pleinement son potentiel n’a pas encore été atteint.

Un thème d’âge2 est un cercle marqué d’un point zéro, correspondant au point de départ des cycles planétaires. Il permet de mesurer, pour un âge donné, l’élongation de chaque planète à partir de ce point initial.

Sur les deux thèmes d’âge présentés ici — 7 ans et demi et 11 ans — on peut notamment relever les points suivants :

  • à 7 ans et demi, Saturne forme un premier carré à sa position natale ; l’enfant atteint alors ce que les psychologues appellent « l’âge de raison ». Dès l’âge de 5 ans, Saturne avait déjà formé un premier sextile.
  • à 11 ans, Saturne forme un premier trigone à sa position natale. Puis, à 12 ans, au terme du stade jupitérien, Saturne aura progressé de 125° par rapport à sa position natale et aura ainsi eu le temps de former des aspects avec l’ensemble des degrés de longitude écliptique de la sphère locale, autrement dit avec toutes les planètes du thème astrologique. De quoi activer les premières fréquences saturniennes…

Les joueurs d’échecs encore en âge jupitérien peuvent déjà atteindre le titre de MI, ce qui suggère que les facultés hypothético-déductives commencent à se développer avant le stade saturnien. Toutefois, aucun enfant de cet âge n’a encore accédé au titre de GMI, généralement obtenu quelques années plus tard. Cela laisse penser que l’âge saturnien intensifie les facultés d’abstraction, sans pour autant constituer le point de départ de leur développement.

S’il fallait attendre, selon la théorie des âges, qu’un cycle planétaire l’emporte sur les autres pour qu’une planète puisse se manifester, il faudrait alors également attendre l’âge de 30 ans pour voir s’exprimer le tempérament uranien. Dans cette logique, les adolescents relevant de l’âge saturnien ne pourraient donc pas être « uraniens », ce qui est manifestement démenti par l’observation. Quant aux personnes nées sous une dominante neptunienne ou plutonienne, elles ne pourraient pour ainsi dire jamais vivre cette dominante — à l’exception, pour Neptune, des vieillards de plus de 84 ans — puisque ces âges excèdent la durée ordinaire de la vie humaine.

Citons Jean-Pierre Nicola sur la question : « La dominance natale d’une Planète ne veut pas dire que celle-ci attendra pour agir le temps où son cycle, selon la théorie des âges, l’emporte sur les autres parce qu’elle va vers la répétition de l’aspect le plus fort (première répétition de la position natale) ou peut-être - et plus généralement – parce que le temps écoulé depuis la naissance va éveiller les premières fréquences harmoniques de cette Planète3 ».

Potentiel du sujet et expression planétaire

Il semble également nécessaire de distinguer le plan psychologique et comportemental du plan cognitif, dans la mesure où le lien entre les facultés cognitives du sujet et le thème astrologique est loin d’aller de soi. En effet, tout individu ne développe pas, à l’âge saturnien, un haut niveau de facultés d’abstraction, de raisonnement hypothético-déductif ou d’autres aptitudes intellectuelles du même ordre.

De plus, les âges planétaires suivants ne paraissent pas s’accompagner de l’émergence de facultés cognitives nouvelles. Ainsi, par exemple, on n’observe pas, au début du stade uranien, c’est-à-dire vers 30 ans, l’apparition d’aptitudes intellectuelles supplémentaires. L’essentiel du développement cognitif et cérébral semble donc se jouer jusqu’à la fin du stade de Jupiter, voire jusqu’au début du stade de Saturne lorsque le sujet dispose d’un potentiel suffisamment élevé.

Peut-être cela tient-il au fait que le niveau de développement de l’humanité se situe entre ces deux stades planétaires. Il est en effet possible que le niveau cognitif moyen d’Homo sapiens corresponde actuellement à un âge mental d’environ 10 à 12 ans, ce que semble indiquer l’observation.

On peut ainsi interpréter les apprentissages liés à chaque planète comme s’exprimant à travers le potentiel de développement du sujet. Chez un sujet dont le potentiel se situe dans la moyenne, ces apprentissages se manifesteront avant tout à travers les aptitudes cognitives accessibles jusqu’au milieu ou à la fin du stade jupitérien. En revanche, si le sujet dispose d’un potentiel supérieur à la moyenne, ces apprentissages planétaires pourront également s’exprimer à travers les facultés cognitives rendues possibles par l’entrée dans le stade saturnien, impliquant des capacités d’abstraction plus élevées.

Peut-être, dès lors, que les aptitudes particulières que nous cherchons à relier aux planètes astrologiques dans le cadre de nos études astro-statistiques s’observent plus particulièrement chez les individus dont le système nerveux a intégré davantage de Saturne, c’est-à-dire de long terme4. Ce seraient alors des sujets dotés d’un potentiel suffisamment élevé pour permettre le développement de talents hors du commun, leur permettant d’atteindre un niveau exceptionnel dans l’activité qu’ils privilégient.


Notes

1 Selon la théorie des âges planétaires, il existe une corrélation entre les stades de développement psychologique et comportemental de l’être humain, de la naissance à la mort, et les durées des révolutions planétaires.

2 Lire sur Astroariana « L’échéancier planétaire et la théorie des âges ».

3 Jean-Pierre Nicola, Communication aux journées internationales astrologiques de Paris – Septembre 1974 ; Cahiers conditionalistes n°12, Comac.

4 Cette affirmation vaudrait plus encore pour les talents relevant potentiellement des planètes lentes — Saturne, Uranus, Neptune et Pluton. L’observation semble en effet montrer que celles-ci, d’un degré de complexité plus élevé, sont aussi les plus difficiles à intégrer et qu’elles exigent, chez le sujet concerné, un niveau de développement plus élevé.