Sur la méthode statistique en astrologie

Par Manuel da Costa — GéoAstro

Des corrélations significatives

Les études astro-statistiques visent à identifier des corrélations entre les dominantes ou non-dominantes d’un thème astrologique et la structure psychologique et comportementale des individus d’une cohorte donnée. À travers l’analyse des activités exercées, elles cherchent à mettre en évidence l’influence du conditionnement astrologique sur un groupe de population réuni autour de critères spécifiques. Quels éclairages apporte alors la recherche statistique en astrologie ?

L’astro-statistique affine notre compréhension de l’influence des planètes, des familles planétaires et des signes zodiacaux. Elle permet en effet d’identifier les éléments du thème liés à certains talents et d’ajuster les significations attribuées aux fonctions planétaires en confrontant théorie et observation.

Lorsqu’une étude révèle des valorisations atypiques de certaines planètes, familles planétaires ou signes zodiacaux au sein d’un groupe, elle parvient également à démontrer que l’influence astrologique repose sur des phénomènes naturels et peut être observée sur le comportement humain. Elle contribue ainsi à prouver que l’influence astrologique peut être mise en évidence à l’aide d’une démarche scientifique reconnue et largement utilisée dans d’autres disciplines.

L’approche statistique repose sur des calculs mathématiques garantissant son impartialité. Contrairement aux observations individuelles, qui peuvent être parfaitement pertinentes mais néanmoins subjectives, elle s’appuie sur des données objectives et mesurables. Si l’interprétation des résultats reste ouverte à discussion, ces derniers, lorsqu’ils sont obtenus selon une méthodologie rigoureuse, demeurent difficilement contestables.

En revanche, l’absence de résultats probants dans une étude astro-statistique ne signifie pas nécessairement l’invalidité de l’influence astrologique. Cela indique simplement qu’aucune tendance particulière ne se dégage dans l’échantillon étudié ou que les aptitudes requises par une activité ne peuvent être directement corrélées aux éléments du thème. Nous avons déjà souligné la complexité du lien entre le thème astrologique et l’activité exercée : d’une part, un lien conditionnel existe entre le thème et l’individu ; d’autre part, la relation entre l’individu et son activité demeure probabiliste et non linéaire.

Enfin, il serait pertinent d’explorer de manière approfondie les influences exercées par chacun des éléments d’un thème astrologique. Les travaux de Gauquelin, dont les conclusions se révèlent largement invalidées par l’observation, n’ont mis en évidence des tendances que pour cinq planètes : la Lune, Mars, Saturne, Jupiter et Vénus. Il en avait conclu, à tort, que les autres planètes n’exerçaient aucun impact sur la psychologie et les comportements humains. Lorsque nous disposerons de résultats significatifs pour l’ensemble des dix planètes du thème astrologique, nous aurons alors démontré de manière irréfutable que chacune d’elles exerce une influence effective.

Une branche du Conditionalisme

Cette approche, fondée sur une méthodologie rigoureuse, s’inscrit dans une lignée de recherches encore trop peu développées. Parmi les quelques figures ayant tenté de lier astrologie et statistique, Michel Gauquelin, déjà cité, demeure le plus connu. Il a notamment cherché à établir un lien entre certaines professions et les planètes astrologiques1. Si son objet d’étude était en soi légitime, ses conclusions, en revanche, se révèlent globalement peu pertinentes2. On peut notamment lui reprocher une sélection arbitraire des individus constituant les cohortes de population, l’absence d’une méthode de calcul clairement définie, des probabilités de valorisation avancées totalement extravagantes, des résultats supposés ne concordant pas avec l’observation, ainsi que des interprétations souvent discutables.

À l’inverse, cette approche s’appuie sur des cohortes de population rigoureusement sélectionnées, utilise un véritable outil de calcul des probabilités et aboutit à des résultats globalement conformes à l’observation empirique des astrologues rigoureux. Ainsi, les méthodes statistiques modernes développées ici, appliquées à l’astrologie, ont vocation à devenir une référence en matière de recherche en astro-statistique.

Par nature, les études statistiques portent sur des groupes et reposent sur une approche collective. Leur objectif est de mettre en évidence les tendances astrologiques collectives au sein d’une population donnée. Elles permettent notamment d’établir des corrélations entre une aptitude comportementale ou cognitive, associée à une activité spécifique, et un élément du thème astrologique qui en favorise ou non l’expression. À l’inverse, l’approche individuelle habituelle, en se concentrant sur le conditionnement d’un sujet en particulier, occulte les tendances générales observables chez d’autres individus du même groupe. Seule l’approche statistique permet d’objectiver de manière fiable le lien entre un élément du thème astrologique et une aptitude ou un talent spécifique.

Cependant, les statistiques astrologiques peinent à appréhender la manière dont un individu vit son propre thème, chaque personnalité étant façonnée par une multitude d’influences. L’étude de cas individuels offre une approche plus nuancée, permettant d’examiner les différentes manières d’exprimer une dominante astrologique. L’observation de l’astrologue, en replaçant le conditionnement astrologique parmi les diverses influences reçues, permet d’analyser le comportement et la psychologie du sujet dans leur globalité.

Les statistiques se révèlent également peu adaptées à l’étude des transits planétaires, qui permettent pourtant de mettre en lumière les échéances astrologiques accompagnant le succès (ou les éventuelles difficultés) du sujet dans son domaine d’activité. De même, certains éléments du thème plus subtils, tels que les planètes en signes, les aspects planétaires ou les maisons astrologiques, peuvent échapper au filtre de l’outil statistique, sans pour autant être dénués d’influence réelle. C’est pourquoi l’observation empirique des cas individuels doit rester la base du travail de l’astrologue.

Les études statistiques s’imposent ainsi comme une branche à part entière de l’astrologie conditionaliste, avec ses atouts et ses limites. Néanmoins, elles ne sauraient se substituer à l’observation empirique et à l’expérience individuelle, qui restent primordiales à l’analyse du thème. D’où la nécessité d’être vigilant afin de ne pas voir émerger une astrologie « néo-conditionaliste » réductrice, focalisée uniquement sur les résultats statistiques au détriment des éléments non quantifiables du thème et dont l’influence est plus subtile.

Des préjugés bien enracinés

L’intérêt d’une étude astro-statistique est aussi de déconstruire les préjugés qui entourent certaines planètes et éléments d’un thème astrologique. Grâce à l’outil statistique, nous disposons d’une base objective permettant d’évaluer ces croyances et d’en tester la validité.

Nos investigations révèlent notamment que Mars, souvent considérée comme la planète des sportifs ou de l’action, n’est en réalité dominante ni chez les pilotes de F1, ni chez les danseurs étoiles, ni chez les footballeurs ou les aviateurs. En revanche, elle est surreprésentée chez les joueurs d’échecs et les humoristes cultes. Cette corrélation entre Mars et la performance physique ne relèverait-elle pas d’un simple préjugé astrologique ?

Dès que l’on s’intéresse à l’astrologie, cette idée reçue paraît s’imposer d’elle-même. De nombreux astrologues associent Mars aux activités sportives et à l’effort physique, mais aussi à des traits de caractère comme être direct et sans détour, impulsif, rentre-dedans, voire brut de décoffrage. On lui attribue même des tendances à l’agressivité, à l’opposition frontale, à la provocation de conflits ou encore à la colère.

Posons la question autrement : pensez-vous qu’environ une personne sur trois fonctionne de cette manière3 ? Rappelons que la somme des zones d’angularité (AS, MC, DS, FC) couvre environ 38%4 de la sphère locale, ce qui signifie qu’une planète astrologique a en moyenne une chance sur trois d’être angulaire. On admettra aisément qu’un tel comportement, s’il est constant, pourrait relever d’une problématique psychologique. L’observation empirique confirme d’ailleurs que les personnes réellement querelleuses ou agressives ne sont pas statistiquement plus souvent « marsiennes » que la moyenne.

Aucune corrélation significative n’apparaît entre Mars et la performance sportive. Quels que soient leur discipline, les champions ne présentent pas plus fréquemment un Mars angulaire ou fort dans leur hiérarchie planétaire que le reste de la population. Il en va de même pour les tempéraments impulsifs ou querelleurs : de nombreuses personnes correspondant à cette description ne sont pas « marsiennes », tandis que la majorité des véritables « marsiens » n’adoptent absolument pas ce type de comportement.

Mais alors, que révèle réellement une dominante marsienne ? Mars favorise avant tout le réalisme, un sens aigu de l’observation et une pensée ancrée dans le concret. Avec la formule « eE », l’individu reste connecté à la réalité, perçoit clairement les rapports de cause à effet et privilégie les faits tangibles. Il est donc temps d’en finir avec ces idées reçues qui persistent chez de nombreux astrologues et de rétablir une lecture plus objective de cette planète.

Des méthodes de hiérarchisation évolutives

L’outil statistique peut être un levier essentiel pour affiner les méthodes de hiérarchisation du thème astrologique. Basées sur l’observation, ces méthodes sont évolutives et peuvent être ajustées en fonction des résultats obtenus. Les zones d’angularité planétaire notamment (AS, MC, DS, FC), établies empiriquement, pourraient être réévaluées statistiquement afin d’identifier les configurations les plus pertinentes selon les groupes de population étudiés.

La grille de hiérarchisation planétaire utilisée par le logiciel AstroStat5, qui nous a permis d’évaluer les probabilités statistiques pour chacune de nos cohortes astrologiques, est représentée ci-contre.

Le thème de domitude positionne les douze maisons astrologiques dans la sphère locale et permet de visualiser l'organisation des zones de valorisation. Le schéma ci-contre illustre seize zones classées par ordre d’importance, leur étendue ayant été définie par l’observation. Les zones 1, 2, 3 et 4, situées aux abords des angles AS, MC, DS et FC, sont considérées comme les plus influentes, car elles contiennent les planètes dites angulaires. Après le critère de l’angularité, les aspects planétaires, calculés en thème écliptique et en tenant compte de leur ordre d’importance, poursuivent la hiérarchisation du thème6.

L’astro-statistique offre ainsi un cadre d’expérimentation permettant d’affiner ces méthodes. En testant différentes étendues des zones d’angularité et en comparant les résultats obtenus, il devient possible d’ajuster les critères de hiérarchisation selon les corrélations les plus pertinentes. Cette approche empirique permettrait de confronter les théories astrologiques aux observations statistiques, afin de valider ou de faire évoluer certaines méthodes.

Le logiciel AstroStat classe les planètes selon leur position hiérarchique : plus une planète occupe un rang élevé, plus son influence sur la psychologie et le comportement visibles7 du sujet est marquée. Cette approche graduelle permet ainsi d’identifier les planètes dominantes, moyennes ou faibles du thème astrologique.

Une autre approche consisterait à se baser uniquement sur le critère de l’angularité pour évaluer l’influence des planètes. L’astrologie postule également que les planètes situées à proximité des angles sont les plus influentes sur la personnalité et les comportements manifestes du sujet. Dans cette perspective, l’évaluation planétaire reposerait sur deux critères : l’angularité ou la non-angularité.

Une comparaison entre ces deux méthodes, la hiérarchisation planétaire et l’angularité stricte, permettrait d’évaluer laquelle est la plus pertinente pour interpréter un thème astrologique. En pratique, la plupart des astrologues combinent ces critères de façon intuitive selon la structure du thème analysé. Cependant, une exploration statistique plus approfondie permettrait d’évaluer l’impact réel de chaque méthode et d'affiner notre compréhension de la hiérarchisation planétaire.

Analyse de nos résultats statistiques

Les études astro-statistiques présentées sur ce site visent à mettre en évidence des écarts significatifs par rapport aux probabilités du hasard dans la répartition de certains éléments du thème astrologique. Elles s’appuient sur une analyse rigoureuse, fondée sur des données chiffrées, afin de dégager des corrélations observables sans tomber dans des extrapolations dépourvues de méthode8.

Nous pouvons d’ores et déjà dégager des tendances concernant les talents potentiels associés à chaque planète astrologique ou famille RET. Cependant, ces tendances ne constituent que des potentialités d’expression, qui se manifesteront de manière variable selon les individus. Il est en effet plus complexe d’analyser les planètes en termes de talents potentiels qu’en termes caractérologiques.

Aptitudes potentielles
Économie interne / psychique
Intelligence intrapersonnelle
Pouvoir d’adaptation / plasticité
Aptitude à paraitre / éloquence
Intelligence sociale / relationnelle
Capacité à identifier / reconnaitre
Capacité de communication
Curiosité / ouverture d’esprit
Vulgarisation / interprétation
Sens esthétique / bon goût
Capacité à ressentir / sensibilité émotionnelle
Harmonie / proportion / équilibre
Observation des phénomènes
Compréhension des causes et effets
Esprit pratique / approche mécaniste
Capacité oratoire / art de la formulation
Sens de l’organisation / gestion
Aptitude à catégoriser / schématiser
Intelligence expérimentale
Esprit hypothético-déductif
Faculté d’anticipation des possibles
Intuition des possibles / singularité
Esprit logico-mathématique
Faculté de conceptualisation
Créativité / imagination
Connexion à ses aspirations profondes
Intuition de la psychologie collective
Esprit critique / investigation
Distance lucide / relativité
Authenticité / être en soi

Cette liste sommaire, relevant quelques-unes des principales aptitudes comportementales ou psychologiques correspondant à chaque planète astrologique, sera amenée à être affinée et complétée par des études astro-statistiques ultérieures. L’objectif serait de réaliser une typologie complète permettant de décrire les facultés cognitives et les talents potentiels pour chaque planète ainsi ses manques, en lien avec les fonctions RET qu’elle ignore.

Toutefois, l’observation montre qu’aucun talent ou aptitude n’appartient à une planète ou une famille RET de façon exclusive. Lorsque nous obtenons des valorisations sortant des lois du hasard avec une cohorte de population, tous les individus qui en sont membres ne partagent pas les particularités statistiques collectives observées. Seuls une majorité des membres de la cohorte supérieure aux lois du hasard est concernée par ces valorisations anormales, les autres ayant développé les mêmes aptitudes mais à partir d’autres configurations astrologiques.

Dès lors, il serait plus pertinent d’imaginer un modèle pour chaque planète (ou famille RET) identifiant les facultés les plus susceptibles de se développer, celles que l’on observe parfois seulement et enfin celles qui émergent plus rarement ou sont plus inhabituelles. Car c’est le système nerveux individuel et ses très nombreuses spécificités qui traduisent l’efficacité de l’influence cosmique.


Notes

1 Lire notamment Les personnalités planétaires, Le dossier des influences cosmiques, Les Hommes et les Astres, Michel Gauquelin.

2 Pour une analyse approfondie des travaux statistiques de Gauquelin, lire Astrologie & statistiques, Richard Pellard.

3 Bien que ce raisonnement soit simplificateur, dans la mesure où une même tendance planétaire peut se manifester de différentes manières, cette question mérite d’être posée pour tout trait psychologique attribué à une planète astrologique. L’intérêt est de privilégier l’observation et l’intuition du comportement humain plutôt que de s’appuyer uniquement sur la théorie.

4 Calcul de la probabilité d’angularité : 138°/360° = 0,383 ou 38,3%.

5 Il s’agit de la grille de hiérarchisation précédemment utilisée par le logiciel d’astrologie en ligne Astrosoft, disponible sur le site AstroAriana.com.

6 Pour une description complète des méthodes de hiérarchisation du thème, voir « Protocole de hiérarchisation d’Astrosoft 2.2 » et « Historique de l’évaluation des puissances planétaires » de Richard Pellard, disponibles sur AstroAriana.com.

7 Les planètes les plus faibles du thème pourraient exercer une influence plus subtile, agissant à un niveau inconscient et échappant en partie au contrôle du sujet. Il serait toutefois erroné de considérer qu’elles sont dénuées d’influence.

8 Lire sur le sujet les ouvrages astrologiques des Gauquelin.