Des doigts de lumière

Les grands peintres

Par Manuel da Costa — GéoAstro

Depuis la fin du XVIIIe siècle, l’art est principalement associé aux « beaux-arts ». Notre société contemporaine reconnaît ainsi neuf arts majeurs, inspirés des neuf muses de la mythologie grecque : l’architecture, la sculpture, la peinture, la musique, la poésie, le théâtre, le cinéma, la photographie et la bande dessinée.

Parmi eux, la peinture occupe une place essentielle, permettant aux artistes de capturer le monde qui les entoure à travers la couleur, la lumière et la composition. Ces derniers cherchent ainsi à traduire leur vision du monde, qu’elle soit réelle ou imaginaire. De la Renaissance aux avant-gardes modernes, les mouvements artistiques se sont succédé, reflétant les évolutions culturelles et philosophiques des sociétés humaines.

Et si certains facteurs astrologiques jouaient un rôle dans l’éclosion du talent et de l’inspiration artistique ? Existe-t-il des configurations astrologiques communes aux plus grands peintres ? Une analyse statistique de leurs thèmes de naissance pourrait apporter des éléments de réponse à cette question.

Au carrefour de multiples influences

Rappelons que le thème individuel permet d’identifier la structure psychologique et comportementale du sujet mais renseigne de manière beaucoup plus incertaine sur les activités qui pourront l’intéresser ou dans lesquelles il aura des aptitudes particulières :

Le lien entre un thème astrologique et l’activité pratiquée n’est pas linéaire. Le thème influence la personnalité du sujet, et d’autres facteurs entrent en jeu, notamment biologiques, sociologiques et éducatifs. Toutefois, les portraits astrologiques permettent de dégager les traits généraux d’une personnalité.

Ensuite, la personnalité n’entraîne pas automatiquement une vocation donnée. Deux individus au profil psychologique similaire peuvent suivre des trajectoires très différentes, et une même discipline rassemble souvent des personnalités aux aptitudes variées. Cela dit, certaines tendances psychologiques peuvent se manifester plus fréquemment dans un groupe donné que dans la population générale. C’est pourquoi nos analyses ont mis en évidence des tendances astrologiques propres à certains groupes professionnels.

Les doigts de lumière

Identifier les plus grands peintres de l’histoire comporte une dimension subjective. Pour cette étude, nous avons retenu les artistes figurants dans trois ouvrages majeurs :

  • Chefs d’œuvre de la peinture, Karen Hosack Janes, Flammarion, 2018 ;
  • Le Petit Larousse des Grands Chefs d’Œuvre de la Peinture, Larousse, 2020 ;
  • 3 minutes pour comprendre - 50 œuvres marquantes de l’histoire de l’art, Le Courrier du Livre, 2019.

La liste suivante recense les 30 peintres dont la date et l’heure de naissance sont connues :

  • T.G. Masaccio, né le 30 décembre 1401 à 08h00 à San Giovanni Valdarno (Italie)
  • Léonard De Vinci, né le 23 avril 1452 à 21h40 à Vinci (Italie)
  • Michel-Ange, né le 15 mars 1475 à 01h45 à Caprese Michelangelo (Italie)
  • Albrecht Durer, né le 30 mai 1471 à 11h00 à Nuremberg (Allemagne)
  • Raphaël, né le 05 avril 1483 à 21h30 à Urbino (Italie)
  • Joshua Reynolds, né le 16 juillet 1723 à 09h30 à Plympton (Grande Bretagne)
  • Antonio Canova, né le 1er novembre 1757 à 10h00 à Possagno (Italie)
  • Caspar David Friedrich, né le 05 septembre 1774 à 03h30 à Greifswald (Allemagne)
  • Edouard Manet, né le 23 janvier 1832 à 19h00 à Paris
  • Vincent Van Gogh, né le 30 mars 1853 à 11h00 à Zundert (Pays-Bas)
  • Mary Cassatt, née le 22 mai 1844 à 23h55 à Pittsburgh (États-Unis)
  • Paul Cézanne, né le 19 janvier 1839 à 01h00 à Aix-en-Provence
  • Henri Matisse, né le 31 décembre 1869 à 20h00 à Le Cateau-Cambrésis
  • Umberto Boccioni, né le 19 octobre 1882 à 15h15 à Reggio di Calabria (Italie)
  • René Magritte, né le 21 novembre 1898 à 07h30 à Lessines (Belgique)
  • Piet Mondrian, né le 07 mars 1872 à 06h00 à Amersfoort (Pays-Bas)
  • Pablo Picasso, né le 25 octobre 1881 à 23h15 à Malaga (Espagne)
  • Frida Kahlo, née le 06 juillet 1907 à 08h30 à Coyoacan (Mexique)
  • Andy Warhol, né le 06 aout 1928 à 06h30 à Pittsburgh (États-Unis)
  • Gustave Courbet, né le 10 juin 1819 à 03h00 à Ornans
  • Edgar Degas, né le 17 juillet 1834 à 20h30 à Paris
  • Georges Seurat, né le 02 décembre 1859 à 01h00 à Paris
  • Paul Gauguin, né le 07 juin 1848 à 10h00 à Paris
  • Ernst Ludwig Kirchner, né le 06 mai 1880 à 06h30 à Aschaffenburg (Allemagne)
  • Salvador Dali, né le 11 juin 1904 à 08h45 à Figueras (Espagne)
  • Jean-Baptiste Corot, né le 16 juillet 1796 à 01h30 à Paris
  • Auguste Renoir, né le 25 février 1841 à 06h00 à Limoges
  • Franz Marc, né le 08 février 1880 à 10h00 à Munich (Allemagne)
  • Marcel Duchamp, né le 28 juillet 1887 à 14h00 à Blainville-Crevon
  • Fernand Léger, né le 04 février 1881 à 13h00 à Argentan
Thème astrologique de Paul Gauguin

Paul Gauguin est né avec une Lune dominante en Vierge à l’Ascendant, formant un carré à Vénus angulaire en Gémeaux, conjointe au Soleil au Milieu-du-Ciel. Pluton est proche du Milieu-du-Ciel, et Neptune occupe une position angulaire au Descendant. Cette configuration révèle un artiste capable de maintenir sa sérénité et son homogénéité (Lune en Vierge), un sensitif réceptif aux émotions et aux images du monde (Vénus conjointe au Soleil), et un intuitif sensible aux valeurs collectives et universelles (Pluton et Neptune).

Chez Gauguin, comme chez de nombreux peintres, Vénus et Neptune dominent le thème, tandis que Mars et la famille « E » sont plus faibles. Toutefois, ces tendances sont avant tout collectives : les résultats statistiques observés concernent une majorité d’entre eux.

Les planètes dominantes des grands peintres

Les graphiques suivants relèvent les probabilités que les valorisations planétaires et de familles planétaires RET des grands peintres puissent être dues au hasard, à partir de répartitions aléatoires.

Les valorisations planétaires

Le graphique ci-dessous indique, en ordonnée, la probabilité (comprise entre 0% et 100%) d’obtenir des rangs hiérarchiques planétaires moins élevés à partir de répartitions aléatoires. En abscisse, les planètes astrologiques sont réparties, allant de la Lune à Pluton.

Il ressort de ce graphique que trois planètes présentent des résultats atypiques :

  • Vénus est survalorisée : 97,2 chances sur 100 ;
  • Mars est sous-valorisé : 2,1 chances sur 100 ;
  • Neptune est survalorisé : 97,2 chances sur 100.

En comparaison avec un échantillon aléatoire, il y a environ 97 chances sur 100 d’obtenir une valorisation moins importante de Vénus ou Neptune, et environ 2 chances sur 100 pour Mars.

Les valorisations de familles planétaires

Le graphique suivant montre la probabilité d’obtenir des résultats statistiques moins élevés pour les familles planétaires RET, en utilisant la même méthode.

Deux familles planétaires présentent des résultats atypiques :

  • La famille « Représentation extensive » (R) est survalorisée : 100 chances sur 100 ;
  • La famille « Existence extensive » (E) est sous-valorisée : 0 chance sur 100.

Par rapport à un échantillon aléatoire, il y a presque 100 chances sur 100 d’observer une valorisation moins importante pour la famille Représentation extensive et aucune chance d’observer une valorisation moins importante pour la famille Existence extensive.

Certains des résultats relevés peuvent être mis en relation : Vénus appartient à la famille Représentation extensive (R) et Mars à la famille Existence extensive (E) du RET. Il convient donc d’interpréter en priorité une Vénus « R » survalorisée et un Mars « E » sous-valorisé.

Les profils planétaires des grands peintres

Deux planètes astrologiques présentent une survalorisation chez les grands peintres : Vénus et Neptune. Ces deux planètes ont en commun le niveau-but « e » de l’existence intensive, c’est-à-dire du ressenti, de l’éprouvé, des perceptions sensorielles. Vénus en partant du niveau Représentation extensive ou « R » des réalités visibles et du connu et Neptune du niveau Transcendance extensive ou « T » des réalités invisibles et sous-jacentes.

De l’appréciation du beau à « l’idée platonicienne »

L’influence de Vénus et Neptune chez les peintres s’explique par leur lien avec l’esthétique et la transcendance, comme l’illustrent différentes conceptions philosophiques de l’art.

Des conceptions complémentaires

Jusqu’au XVIIIe siècle, on parlait d’esthétique pour désigner toute « science du beau ». Selon Hume ou Diderot, l’art était un moyen d’idéaliser le réel. Il était perçu comme une quête d’harmonie et de symétrie, d’ordre et de mesure. Le beau était considéré comme une représentation que se fait l’âme lors de l’expérience esthétique.

Le philosophe Schopenhauer, directement influencé par l’idéalisme de Kant, considère que l’art est une connaissance directe des « idées »1. L’œuvre d’art aurait ainsi pour rôle de nous amener à la connaissance des « idées » au sens platonicien, c’est-à-dire à l’essence des choses, à leur dimension symbolique profonde.

La peinture d’un événement historique, par exemple, cherche à figer un instant éphémère pour en extraire une idée intemporelle, offrant ainsi non l’individuel, mais l’idée platonicienne, celle qui perdurera et restera intacte à travers les changements. De même, une représentation soignée de la nature humaine vise à révéler l’essence de son espèce, guidant notre regard de l’individuel vers la forme pure.

En contemplant le beau, nous saisissons les formes essentielles et primordiales des choses, leur valeur universelle. L’art implique qu’un cas unique s’applique à mille autres. Pour les idéalistes, l’art est avant tout une contemplation des choses, qui dépasse la simple raison. Et l’appréhension purement objective des choses constitue le don véritable de l’artiste.

Ces deux conceptions nous intéressent particulièrement pour expliquer nos résultats astro-statistiques. En effet, l’art y est défini à la fois comme une expression du beau par les anciens et comme un moyen d’exprimer l’essence des choses par les idéalistes. Pour les uns, l’art viserait à représenter le réel sous la forme d’une interprétation esthétique. Pour les autres, il s’agirait de s’efforcer de faire ressortir ce qu’une scène porte en elle d’universel.

Quelle définition de l’art est la plus pertinente ? Selon nos résultats statistiques, les deux points de vue se défendent et se complètent. La première conception mettrait l’accent sur le niveau « R » du RET et peut facilement être rapprochée de la fonction vénusienne « eR ». La seconde comprendrait davantage une dimension « T » et serait plus proche de la fonction neptunienne « eT ».

La survalorisation de Vénus s’explique ainsi par le fait que les grands peintres sont en recherche d’une interprétation esthétique d’une scène de la vie, d’un lieu, d’une idée… Le tableau d’un grand peintre doit d’abord frapper l’œil de l’observateur. Ce dernier, en effet, doit pouvoir apprécier l’aspect esthétique, la qualité technique, la maîtrise des couleurs, l’intensité des tons, les plans utilisés… Il doit pouvoir apprécier les impressions (« e ») que produisent sur lui la perception de l’image (« R ») qu’il a sous les yeux.

La survalorisation de Neptune ensuite met en évidence une recherche de témoignage concernant une époque, une culture ou un évènement, plus généralement une « idée » qui est sous-tendue dans la réalisation artistique du grand peintre. Après avoir apprécié la qualité esthétique d’un grand tableau, l’observateur doit pouvoir être saisi par la signification sous-jacente de l’image qu’il a sous les yeux. Celle-ci doit lui permettre de saisir la forme essentielle et primordiale, la dimension historique et collective de la scène représentée.

Un exemple de grand maître

L’image suivante représente Le déjeuner des canotiers (1881), toile réalisée par le peintre français Pierre-Auguste Renoir. D’emblée, on est frappé par la technique, les couleurs vives, la lumière et l’expression des visages. La qualité esthétique est indéniable.

Passées ces premières impressions, on devrait pouvoir ressentir ce que le peintre a cherché à représenter par la peinture de cette scène. Cette toile reflète l’insouciance des dimanches passés dans les guinguettes au bord de l’eau où les canotiers, accompagnés de leurs compagnes, se retrouvaient pour déjeuner. Le peintre emprunte ainsi une scène unique visant à nous montrer ce qu’est l’essence de la vie de certaines personnes à cette époque. Il nous amène à la contemplation objective du climat intellectuel, culturel ou des habitudes des gens d’une époque, et parvient à arracher du temps une part d’universel.

On reconnait facilement dans ces descriptions la dialectique Vénus-Neptune précédemment évoquée. On est en effet frappé dans un premier temps par la qualité esthétique (Vénus) de la toile et on reconnait facilement la marque des peintres impressionnistes de la seconde moitié du XIXe siècle. La vue de cette peinture permet ensuite à l’observateur d’être saisi, en un coup d’œil et sans descriptions supplémentaires, par « l’idée » ou la dimension transcendante (Neptune) de la scène : les divertissements auxquels s’adonnait la bourgeoisie de l’époque, immortalisée par la peinture d’un grand maître.

En référentiel Objet, la fonction vénusienne concernera les images (« R ») qui nous font ressentir, éprouver, nous émouvoir (« e »). La fonction neptunienne concernera la manière dont les réalités subtiles et invisibles (« T ») sont perceptibles par nos sens, nos émotions (« e »).

Inspiration et langage d’esthète

La peinture, celle des grands peintres, relèverait en priorité d’une dominante Vénus-Neptune, permettant de rendre compte de manière esthétique (Vénus) des formes essentielles et primordiales des choses (Neptune). D’un point de vue complémentaire, on peut imaginer que « l’objet » artistique relèverait en général de la fonction neptunienne2. À ce titre, il serait intéressant d’observer les dominantes astro-planétaires qui ressortent chez d’autres catégories d’artistes : musiciens, artistes lyriques, poètes… tandis que la peinture en particulier constituerait un moyen d’expression relevant de la fonction vénusienne. L’art immortaliserait ainsi les valeurs collectives d’une époque, et la peinture deviendrait un support destiné à en témoigner par l’image.

Ce point de vue repose sur les résultats astro-statistiques observés : chez les grands peintres, la famille Représentation extensive ou « R » est survalorisée. En revanche, la famille existence intensive ou « e », qui réunit pourtant Vénus et Neptune, ne présente pas de survalorisation. On observe un Neptune très dominant d’un côté, et de l’autre, une Vénus « R » également très forte. Il peut donc sembler cohérent de distinguer l’art comme relevant de la fonction neptunienne, et la peinture comme relevant plus spécifiquement de la fonction vénusienne.

Une image qui séduit

La peinture relèverait ainsi principalement de la planète Vénus et de ses attributions « R » de la fonction planétaire. Cette prédominance met l’accent sur l’image plus que sur l’émotion perçue. Elle serait un moyen de communiquer, d’interpréter ou de traduire un fait, une idée, un concept, une valeur, ou un sentiment. La Représentation extensive, en tant que fonction, sensibilise aux réalités visibles, au langage, et aux symboles.

La peinture imite le monde visible (« R ») grâce aux formes et aux couleurs afin de captiver notre regard. De plus, la nature peinte est souvent idéalisée : les imperfections sont supprimées, la qualité accentuée, on représente une scène embellie (« R »). On dit que les peintres réunissent plusieurs espèces de ce qu’ils veulent représenter, pour ensuite unir avec cohérence la plus belle partie de chacune. On appelle « composition » l’association de tous ces éléments.

La peinture est également considérée comme le plus expressif des arts plastiques. Elle est souvent définie comme un moyen d’expression non-verbal permettant d’évoquer un sentiment, une intention… La peinture traduit un éveil aux sensations et aux émotions (« e »), et donc un moyen d’explorer le monde à travers l’existence intensive. À la fois « R » et « e », elle relèverait bien, en résumé, de la fonction vénusienne.

Une image qui fait réfléchir

L’art présente également une correspondance avec la fonction neptunienne : il exprime en effet sur un support matériel (« e ») une réflexion sur une époque, l’émergence de temps nouveaux, les changements au niveau des valeurs collectives (« T »). L’œuvre artistique est l’expression des idées et valeurs d’une société, de ses différenciations sociales, de ses courants et contradictions. À ce titre, l’art semble présenter une nette composante « T ». Les grandes œuvres précèdent et façonnent les courants idéologiques de leur époque.

Des peintres comme Dali ou Magritte par exemple, dès la seconde moitié du XIXe siècle, ont peint des représentations symboliques et oniriques qui préfigurent l’émergence de la psychanalyse et de notions telles que l’inconscient ou les archétypes. Le cubisme et l’art abstrait au début du XXe siècle, avec notamment Picasso et Braque, représentent des objets analysés et décomposés, et préfigurent le développement de thématiques modernes comme l’abstraction géométrique ou le futurisme. Certains disent même que les plus grands artistes devanceraient dans leurs œuvres les découvertes des intellectuels, psychologues, moralistes…

Ces grands courants artistiques peuvent se retrouver dans toutes les formes majeures d’expression de l’art : peinture, sculpture, musique, architecture, théâtre… Nombre des grandes œuvres historiques sont entrées dans la mémoire collective.

En sciences sociales, l’art est considéré comme un élément à part entière de la culture matérielle d’une culture ou d’une époque, celle-ci étant définie comme un témoignage vivant (« e ») du passé (« T »), ou comme la manière dont s’objectivent les valeurs collectives d’une société d’hommes. De ce point de vue également, l’art peut facilement être rapproché des attributions neptuniennes. À titre de comparaison, les valeurs collectives et idéologiques d’une époque, exprimées à travers l’histoire, la littérature ou la philosophie, relèveraient plutôt du niveau « r » du RET et de la dynamique uranienne (« rT »).

Sur la psychologie de l’artiste-peintre

Comment Vénus et Neptune influencent-elles la personnalité des peintres ? En référentiel Sujet, on décrit le vénusien comme un être voluptueux et sensoriel, en quête de plaisir et de liens affectifs, et dont les relations interpersonnelles sont régies par ses sympathies et antipathies instinctives. Le neptunien est lui décrit comme un intuitif hanté par les puissances de l’imaginaire, qui se détermine en fonction d’aspirations profondes et se laisse guider par son inspiration et ses intuitions.

Une telle approche résonne-t-elle avec l’analyse psychologique des peintres ? L’essayiste Lucien Arréat s’est penché sur la question dans son ouvrage « Psychologie du peintre »3. Il y dresse un portrait global des artistes, abordant leur comportement, leur intelligence, leur vocation et leurs perceptions sensori-motrices.

Des sensations exacerbées

L’auteur insiste avant tout sur le caractère esthétique de la psychologie du peintre. Celui-ci se distingue par une vivacité et une acuité des sensations optiques. Il réagit particulièrement aux impressions que lui procurent les stimuli visuels externes et se montre très sensible « aux éclats de la lumière, aux couleurs brillantes, à l’énergie des mouvements, à la grâce des formes, à l’harmonie des tons ». Son acuité sensorielle et sa sensibilité émotionnelle nourrissent sa créativité et façonnent son rapport aux formes et aux couleurs.

L’aptitude à admirer du peintre est ainsi une forme active et esthétique de sa curiosité. Admirer, caractéristique propre au niveau « R » en astrologie conditionaliste, revient à créer soi-même la beauté dans les choses. On crée parce qu’on admire, mais aussi parce qu’on est touché (« e ») par le monde. Les images (« R ») exercent un impact sensoriel (« e ») sur le peintre. Ce dernier entretient un rapport privilégié avec le monde, les objets qui le composent et l’espace, qu’il appréhende par un contact à la fois charnel et visuel.

Le caractère esthétique du peintre, considéré comme central dans sa psychologie, rejoint les attributions de la fonction vénusienne « eT ». La peinture marque en effet un éveil à la sensation et à l’émotion, et relève pleinement du niveau vénusien.

Un trop-plein d’imagination

L’auteur souligne également le caractère imaginatif des grands peintres. Ceux-ci ne copient pas avec précision ce qu’ils voient, mais cherchent avant tout à traduire un monde pressenti. Les objets « ne sont pas représentés pour eux-mêmes, mais en vue de contenir, sous une apparence naturelle, les échos qu’ils ont placés dans leur esprit ». Le peintre transfigure le réel pour en extraire la beauté de l’art.

Si les grands peintres possèdent un œil particulièrement « éduqué » d’un point de vue esthétique, ils se distinguent aussi par leur aptitude à contempler le monde, à communier avec la nature et par une propension à dramatiser et amplifier leurs émotions. Cette sensibilité leur permet de capter les tendances collectives et l’inexprimé de leur époque. Leur mémoire du présent leur offre ainsi la capacité d’immortaliser une scène caractéristique d’une époque, d’une culture ou d’une société.

Ces aptitudes reflètent parfaitement les valeurs neptuniennes : les grands peintres perçoivent intuitivement (« e ») l’esprit de leur temps et ce qui se cache derrière le visible (« T »). Le neptunien, souvent décrit comme inspiré, voire visionnaire, est connecté à ses aspirations profondes et aux manifestations de son inconscient. Il cherche instinctivement à exercer une activité qui lui permette d’exprimer son originalité créatrice et de transmettre un message.

Bien que l’existence intensive « e » ne se démarque pas statistiquement, Vénus et Neptune appartiennent pourtant à la même famille planétaire. De nombreuses études4 montrent que l’activité des grands peintres s’ancre dans le monde du ressenti, de l’émotion et de l’éprouvé.

Leur monde intérieur est traversé de peines, d’angoisses, d’intuitions déstabilisantes… Les émotions intenses, qu’elles soient positives ou négatives (joie ou tristesse), stimulent davantage la créativité que les états émotionnels neutres. La création artistique devient alors un moyen de réguler ces émotions et de retrouver un équilibre.

L’homéostasie désigne le processus par lequel l’organisme maintient son équilibre biochimique, y compris dans la gestion des émotions. Par exemple, la faim pousse à chercher de la nourriture pour restaurer cet équilibre. De la même manière, la création artistique permet d’apaiser les émotions fortes.

L’existentialisme en zone aveugle

Nos résultats statistiques font également ressortir une sous-valorisation de la planète Mars. On a donc, chez les grands peintres, les trois planètes de l’existence intensive qui présentent une valorisation anormale : Vénus et Neptune sont survalorisées et Mars sous-valorisée.

Dans le système RET, Mars part du niveau Existence extensive ou « E » des faits bruts pour aller vers le niveau existence intensive ou « e » du ressenti et de l’éprouvé. De plus, la famille Existence extensive (« E ») liée au réalisme et au sens du concret, apparait également sous-valorisée dans nos résultats.

Le marsien « E » est décrit comme un réaliste, qui ne reconnait pour vrai que ce qu’il a personnellement expérimenté. Il cherche à se confronter à la réalité des faits pour agir de manière concrète et efficace. Cette formule est associée au sens constructif, aux capacités d’organisation et à une forte volonté de bâtir des résultats tangibles.

Pourquoi alors la fonction marsienne et l’Existence extensive sont-elles sous-valorisées chez les grands peintres ? Est-ce que leur discipline artistique nécessite de privilégier une perception métaphysique et esthétique plus qu’un simple contact avec le réel ?

Les grands peintres, selon de nombreux écrits, ne se contentent pas de reproduire ce qu’ils voient. La nature qui leur sert de modèle n’est généralement pas celle que nous percevons. Au niveau vénusien et « R » ils sont enclins à recomposer à partir des plus belles parties de chaque scène qu’ils observent, créant ainsi une réalité exaltée. Au niveau neptunien, ils ont une propension à percevoir et mettre en lumière l’inexprimé ou les valeurs implicites qui se cachent derrière les phénomènes apparents.

Plutôt qu’une simple reproduction réaliste, ces artistes privilégient une approche esthétique et métaphysique. Confrontés à une réalité qu’ils ne se contentent pas d’imiter, ils cherchent à la percevoir autrement, en mettant l’accent sur les niveaux de réalité propres à Vénus et Neptune.

Si les peintres se limitaient à un simple rapport direct au réel (Mars), leur regard aurait pour tâche d’examiner les phénomènes et d’en comprendre les mécanismes effectifs. Pourtant, le peintre entretient un dialogue complice et interprétatif avec son œuvre. Dans le contact silencieux avec la nature, il ne s’agit pas d’une opposition directe, mais d’un mouvement vers l’intérieur du visible (Neptune) et d’un élan à recréer un « survisible » (Vénus).

Pour le peintre, le monde tangible reste une énigme (Mars aveugle) : exister ne suffit pas à le maîtriser. La peinture devient alors un langage particulier, riche d’une autre dimension symbolique. L’œuvre d’art vise à nous introduire dans un monde qui n’est pas exactement le nôtre (Mars faible), mais qui, à travers une interprétation esthétique (Vénus), nous révèle des aspects jusque-là cachés de ce monde que nous habitons (Neptune). Les grandes œuvres ne se contentent pas d’imiter la réalité, elles nous invitent à découvrir un monde magnifié, transfiguré par le regard de l’artiste.

Sur le plan psychologique, ce Mars « E » aveugle peut également être associé à la précarité existentielle souvent attribuée aux peintres, et plus largement aux artistes. Selon de nombreux spécialistes, la muse de l’artiste, l’impulsion créatrice qui le guide, puiserait sa force dans ses souffrances et difficultés personnelles.

Les plus grands peintres auraient donc besoin de refouler la tendance à bâtir du solide et à s’ancrer dans le réel, propre à un Mars « E » dominant, afin de libérer pleinement leur créativité. Peu connectés aux aspects de la vie pratique, ils se maintiendraient inconsciemment dans un état existentiel précaire. Cet état, en amplifiant leurs errances, nourrirait leur créativité.

À propos de la muse de l’artiste

Painting is stronger than I am. It forces me to do what it wants5. — Pablo Picasso

L’artiste suit un appel intérieur et exprime des symboles porteurs de significations cachées. Selon le psychanalyste Jung6, la muse de l’artiste est une personnification de l’Anima, projection de sa propre féminité inconsciente. Elle relierait le conscient de l’artiste aux sources profondes de son inconscient, riche de symboles.

D’après cette approche psychanalytique, l’artiste ne créerait pas de sa propre impulsion, mais serait le médium d’une force créatrice archétypique. Les archétypes utiliseraient l’artiste afin d’exprimer les changements d’attitude nécessaires pour contrebalancer les options unilatérales de la collectivité humaine.

L’artiste authentique élargit la conscience collective en révélant de nouvelles perspectives spirituelles et idéologiques. Tout comme chez l’individu, l’unilatéralité de l’attitude consciente est corrigée par des réactions de l’inconscient, telles que les rêves, de même l’art représente, dans la vie des nations et des époques, un processus d’autorégulation spirituelle.

Chaque époque, comme l’âme humaine, a une situation consciente particulière et appelle une compensation. L’inconscient collectif peut la lui procurer, par l’intermédiaire d’un artiste ou d’un visionnaire qui apporte ce dont l’époque a profondément besoin.

Les orientations de l’art apportent ainsi ce qui est le plus nécessaire à l’atmosphère d’une époque, et compensent l’imperfection et la partialité de l’esprit de leur temps. Les grandes œuvres d’art sont une manifestation de l’inconscient collectif et ont une signification prophétique. Le véritable artiste exprime l’âme inconsciente et active de son époque.

L’importance du rôle de l’art en tant que facteur de développement de la conscience humaine est incontestable. L’activité artistique est liée à l’apparition et l’élargissement de la conscience humaine. L’art contribue sans cesse à l’éducation de l’esprit de son temps en faisant émerger les formes qui lui font le plus défaut.

Quels traits psychologiques prédisposent un individu à être choisi pour exprimer, d’une manière artistique, les éléments essentiels à l’évolution de la conscience collective ? On émet l’hypothèse que les archétypes choisissent certains individus pour leur faire exprimer leurs contenus symboliques.

L’artiste authentique est décrit comme un individu qui ressent puissamment (« e ») les grandes forces qui sont en lui et leurs exigences (« T »). Il se sent habité par un appel intérieur (« T ») qui lui dicte la tâche qui doit être accomplie (« e »). L’appel de la muse serait « une force de la nature qui poursuit ses fins » pour citer C.G. Jung, ce qui n’est pas sans rappeler les attributions de la fonction neptunienne « eT » en astrologie conditionaliste.


Note méthodologique — mise à jour

Cet article a été rédigé à partir d’analyses réalisées avec le logiciel AstroStat, développé par Julien Rouger. Depuis cette publication, nous avons poursuivi ce travail dans le cadre du moteur statistique GéoAstro, qui reprend la même logique méthodologique dans une approche plus synthétique.

De légères différences peuvent ainsi apparaître entre les résultats obtenus avec AstroStat et ceux générés avec GéoAstro, sans remettre en cause les tendances principales décrites dans cet article.

Les graphiques présentés ici ont été produits a posteriori avec GéoAstro, à partir des mêmes cohortes, afin d’offrir une représentation visuelle homogène des résultats.


Annexe : Les grands peintres – Vénus

Cette annexe présente des éléments statistiques complémentaires concernant les grands peintres, fondés sur des représentations graphiques non incluses dans l’article principal. Ces résultats visent à élargir la perspective analytique et à soutenir une interprétation plus nuancée des données.

Le résultat présenté ici correspond à l’écart statistique le plus marqué observé dans le groupe et est proposé comme exemple illustratif de la méthode d’évaluation statistique appliquée à l’ensemble des planètes.

Courbe de distribution gaussienne

Une fonction gaussienne est une fonction exponentielle utilisée pour représenter la distribution d’un ensemble de données en fonction de la densité de ses valeurs. La courbe gaussienne ci-dessous illustre la probabilité d’observer, dans la population générale, une valorisation de Vénus inférieure à celle constatée chez les grands peintres.

Le graphique ci-dessus présente les résultats suivants pour Vénus :

  • Probabilité empirique : 97,2 % des simulations produisent un score inférieur.
  • Z-score : −2,04, indiquant que le résultat est statistiquement significatif.
  • P-value théorique : 0,979, indiquant la position relative du résultat observé au sein de la distribution théorique attendue sous l’hypothèse nulle.

Courbe d’estimation de densité par noyau (KDE)

En statistique, l’estimation de densité par noyau (KDE) est une méthode non paramétrique permettant d’estimer la fonction de densité de probabilité d’une variable aléatoire à partir de données observées. La courbe KDE est fondée sur les valeurs de rang hiérarchique, le logiciel calculant les estimations de probabilité à partir de la distribution empirique de ces rangs.

Le graphique ci-dessus présente les résultats suivants pour Vénus :

  • Rang du groupe : 4,3 sur une échelle de 1 à 10.
  • Écart-type du groupe : 0,5, indiquant la dispersion des valeurs autour du rang moyen.
  • Rang attendu : 5,3, correspondant à la moyenne théorique sous l’hypothèse nulle.

Les courbes gaussienne et KDE offrent une représentation statistique complémentaire aux histogrammes globaux, en permettant d’examiner plus finement la distribution des rangs pour un élément donné, et d’en situer la position relative au sein de la population étudiée.


Notes

1Arthur Schopenhauer, Parerga & Paralipomena, « Dissertation sur la métaphysique de l’art et l’esthétique ».

2Hypothèse interprétative : l’« objet » artistique pourrait relever plus largement de la fonction neptunienne, la peinture constituant quant à elle un moyen d’expression davantage lié à la fonction vénusienne.

3Lucien Arréat, Psychologie du peintre, Félix Alcan Éditeur.

4Marion Botella, « Le créateur face à ses émotions », Cerveau & Psycho, mai 2015.

5En français : La peinture est plus forte que moi. Elle me force à faire ce qu’elle veut.

6C. G. Jung, Problèmes de l’âme moderne, 4e partie : « La poésie et l’art ».