Des gens d’esprit
Les humoristes cultes
Par Manuel da Costa — GéoAstro
L’humour est généralement défini comme une forme d’esprit qui s’attache à dégager, avec légèreté, les aspects comiques, absurdes ou insolites de la réalité. Il s’agit d’une manière d’utiliser le langage, un moyen d’expression qui trouve sa place dans de nombreuses situations et discours.
Sa forme varie selon les cultures, les époques, et même les individus. Il se manifeste à travers divers procédés comme l’autodérision, les calembours, l’humour noir, ou encore le comique de caractère et de geste. Le rire aiderait à prendre du recul sur la vie, car « il vaut mieux rire que pleurer », écrivait Rabelais en 1534. Il rappelait aussi que le rire est le propre de l’homme.
Mais que cache l’humour, en dépit de cette façade de distraction ? Quelles sont les dispositions psychologiques des humoristes cultes et quel rôle jouent-ils aujourd’hui d’un point de vue sociologique ?
Tout comme les autres groupes de populations astrologiques précédemment traités, est-il possible d’observer des valorisations anormales de planètes ou de familles planétaires RET chez ces derniers ?
Une cohorte avec des particularités
Le choix d’étudier les humoristes semble judicieux : ils occupent une place essentielle dans notre société et ne laissent personne indifférent, quelles que soient les sensibilités de chacun.
Ce groupe de population présente différentes conditions à priori propices pour obtenir des résultats astro-statistiques significatifs : la liste provient d’un ouvrage de référence, les humoristes réunis sont parmi les meilleurs de la discipline, et le critère de sélection semble précis, bien que l’humour englobe une variété de styles. De plus, ces derniers semblent suffisamment « spécialisés » sur le plan psychologique et comportemental pour permettre l’observation de résultats saillants.
Notre cohorte, dont la liste est détaillée plus bas, présente néanmoins certaines particularités. D’abord, le nombre d’humoristes recensés est plus élevé que dans les autres groupes étudiés : la liste en compte en effet 105 personnalités. Ensuite, comme nous l’avons mentionné, les humoristes peuvent avoir des styles très différents les uns des autres, ce qui soulève la question de savoir s’ils forment réellement une unité astrologiquement parlant.
Le logiciel AstroStat évalue la distribution statistique des éléments constituant le thème astrologique. Dans le cas de notre cohorte d’humoristes, bien qu’elle soit nombreuse, seuls les résultats concernant les planètes et les familles planétaires RET se révèlent significatifs. Ces éléments seront donc les seuls considérés.
L'humour étant une manifestation culturelle liée à son époque, comme le soulignait l'historien Jacques Le Goff en préambule de son « Enquête sur le rire », il existe une grande diversité dans ses formes. Mais notre étude révèle que tous ces humoristes, malgré leurs différences stylistiques, suivent un même fil conducteur d’un point de vue astro-psychologique, ce qui permet de les regrouper dans une même catégorie d'analyse.
Les humoristes cultes
La cohorte d’humoristes sur laquelle se base notre étude est composée des noms qui figurent dans l’ouvrage Rire - 100 humoristes cultes !1. Celui-ci recense, comme son nom l’indique, une centaine d’humoristes d’hier et d’aujourd’hui parmi les plus célèbres2 :
- Fernandel, né le 08 mai 1903 à 07h00 à Marseille
- Fernand Raynaud, né le 19 mai 1926 à 11h30 à Clermont-Ferrand
- Bourvil, né le 27 juillet 1917 à 11h30 à Prétot-Vicquemare
- Louis de Funès, né le 31 juillet 1914 à 01h00 à Courbevoie
- Raymond Devos, né le 09 novembre 1922 à 07h15 à Mouscron
- Jacqueline Maillan, née le 11 janvier 1923 à 20h00 à Paray-le-Monial
- Robert Lamoureux, né le 04 janvier 1920 à 05h00 à Paris
- Michel Leeb, né le 23 avril 1947 à 16h15 à Cologne
- Alex Métayer, né le 19 mars 1930 à 04h30 à Berre-l’Etang
- Guy Montagnier, né le 06 mars 1948 à 17h00 à Paris
- Pierre Péchin, né le 10 février 1947 à 09h15 à Montbéliard
- Pierre Repp, né le 05 novembre 1909 à 16h00 à Saint-Pol-sur-Ternoise
- Sim, né le 21 juillet 1926 à 15h00 à Cauterets
- Thierry le Luron, né le 02 avril 1952 à 05h00 à Paris
- Jean Yanne, né le 18 juillet 1933 à 01h00 à Les Lilas
- Coluche, né le 28 octobre 1944 à 18h20 à Paris
- Sylvie Joly, née le 28 octobre 1934 à 23h00 à Paris
- Guy Bedos, né le 15 juin 1934 à 22h00 à Alger
- Popeck, né le 18 mai 1935 à 14h38 à Paris
- Pierre Desproges, né le 09 mai 1939 à 15h10 à Pantin
- Roland Magdane, né le 03 juillet 1949 à 21h45 à Grenoble
- Michel Boujenah, né le 02 novembre 1952 à 12h00 à Tunis
- Patrick Sébastien, né le 14 novembre 1953 à 10h30 à Brive-la-Gaillarde
- Philippe Chevallier, né le 11 janvier 1956 à 03h20 à Redon
- Régis Laspalès, né le 25 février 1957 à 05h00 à Paris
- Muriel Robin, née le 02 aout 1955 à 15h30 à Montbrison
- Sophia Aram, née le 29 juin 1973 à 20h05 à Ris-Orangis
- Camille Chamoux, née le 22 septembre 1977 à 23h45 à Paris
- Karine Dubernet, née le 23 aout 1974 à 11h35 à Marignane
- Nicole Ferroni, née le 19 mars 1982 à 13h50 à Casablanca
- Nora Hamzawi, née le 29 avril 1983 à 07h35 à Cannes
- Bérengère Krief, née le 16 avril 1983 à 12h45 à Lyon
- Laura Laune, née le 05 juillet 1986 à 13h31 à Bruxelles
- Shirley Souagnon, née le 03 octobre 1986 à 15h05 à Clichy
- Caroline Vigneaux, née le 27 janvier 1975 à 12h30 à Nantes
- Dominique de Lacoste, née le 23 février 1958 à 15h00 à Villefranche-sur-Saône
- Nicole Avezard, née le 07 janvier 1951 à 20h00 à Savigny-sur-Orge
- Jean-Marie Bigard, né le 17 mai 1954 à 11h30 à Charmont-sous-Barbuise
- Anne Roumanoff, née le 25 septembre 1965 à 05h50 à Paris
- Didier Bourdon, né le 23 janvier 1959 à 11h00 à Alger
- Bernard Campan, né le 04 avril 1958 à 16h00 à Agen
- Pascal Légitimus, né le 13 mars 1959 à 11h05 à Paris
- Bruno Carette, né le 26 novembre 1956 à 06h00 à Alger
- Dominique Farrugia, né le 02 septembre 1962 à 09h15 à Vichy
- Chantal Lauby, née le 23 mars 1948 à 15h00 à Gap
- Alain Chabat, né le 24 novembre 1958 à 01h30 à Oran
- Patrick Timsit, né le 15 juillet 1959 à 12h00 à Alger
- Pierre Palmade, né le 23 mars 1968 à 08h45 à Bordeaux
- Chantal Ladesou, née le 05 mai 1948 à 13h00 à Roubaix
- Eric Carrière, né le 24 mai 1973 à 10h15 à Foix
- Francis Ginibre, né le 17 juin 1959 à 10h50 à Toulouse
- Laurent Gerra, né le 29 décembre 1967 à 10h30 à Bourg-en-Bresse
- Valérie Lemercier, née le 09 mars 1964 à 22h20 à Dieppe
- Elie Sémoun, né le 16 octobre 1963 à 03h30 à Paris
- Dany Boon, né le 26 juin 1966 à 07h25 à Argentières
- Franck Dubosc, né le 07 novembre 1963 à 04h00 à Le Grand-Quevilly
- Jean-Christian Fraiscinet, né le 14 mai 1965 à 22h15 à Valençay
- Vincent Dubois, né le 14 juin 1964 à 04h30 à Fontenay-aux-Roses
- Gad Elmaleh, né le 19 avril 1971 à 11h15 à Casablanca
- Florence Foresti, née le 08 novembre 1973 à 17h05 à Vénissieux
- Jamel Debbouze, né le 18 juin 1975 à 05h40 à Paris
- Nicolas Canteloup, né le 04 novembre 1963 à 08h30 à Bordeaux
- Gérald Dahan, né le 17 mai 1973 à 19h30 à Cognac
- Michaël Gregorio, né le 10 juin 1984 à 04h40 à Mulhouse
- Didier Gustin, né le 26 avril 1966 à 18h20 à Bar-le-Duc
- Marc-Antoine Le Bret, né le 02 octobre 1985 à 14h25 à Saint-Brieuc
- Yves Lecoq, né le 04 mai 1946 à 18h10 à Paris
- Michel Leeb, né le 23 avril 1947 à 16h15 à Cologne
- Dany Mauro, né le 20 octobre 1972 à 10h50 à Hyères
- Jean Roucas, né le 1er février 1952 à 22h30 à Marseille
- Kev Adams, né le 30 juin 1991 à 00h02 à Paris
- Blanche Gardin, née le 03 avril 1977 à 17h40 à Suresnes
- Pierre Dac, né le 15 aout 1893 à 11h00 à Châlons-en-Champagne
- Francis Blanche, né le 20 juillet 1921 à 16h00 à Paris
- Roger Pierre, né le 30 aout 1923 à 20h25 à Paris
- Jean-Marc Thibault, né le 24 aout 1923 à 22h50 à Saint-Bris-le-Vineux
- Jean Poiret, né le 17 aout 1926 à 15h20 à Paris
- Michel Serrault, né le 24 janvier 1928 à 17h45 à Brunoy
- Teddy Vrignault, né le 22 novembre 1928 à 01h10 à Paris
- André Gaillard, né le 19 décembre 1927 à 10h15 à Paris
- Sophie Daumier, née le 24 novembre 1934 à 05h30 à Boulogne-sur-Mer
- Antoine de Caunes, né le 1er décembre 1953 à 15h40 à Boulogne-Billancourt
- José Garcia, né le 17 mars 1966 à 18h40 à Paris
- Dieudonné, né le 11 février 1966 à 11h30 à Fontenay-aux-Roses
- Eric Judor, né le 25 juillet 1968 à 01h00 à Meaux
- Ramzy Bédia, né le 10 mars 1972 à 10h35 à Paris
- Corinne Benizio, né le 12 février 1962 à 14h00 à Dugny
- Gilles Benizio, né le 1er juin 1957 à 22h30 à Villerupt
- Olivier Baroux, né le 05 janvier 1964 à 12h58 à Caen
- Fred Testot, né le 20 février 1974 à 08h40 à Boulogne-Billancourt
- Omar Sy, né le 20 janvier 1978 à 00h35 à Trappes
- Alex Lutz, né le 24 aout 1978 à 23h55 à Strasbourg
- Ary Abittan, né le 31 janvier 1974 à 12h40 à Paris
- Eric Antoine, né le 23 septembre 1976 à 04h00 à Enghien-les-Bains
- Jérôme Commandeur, né le 12 avril 1976 à 23h20 à Argenteuil
- Olivier de Benoist, né le 14 juin 1974 à 13h45 à Reims
- Fary, né le 07 juillet 1991 à 17h00 à Paris
- Kyan Khojandi, né le 29 aout 1982 à 03h20 à Reims
- Baptiste Lecaplain, né le 23 mai 1985 à 09h15 à Avranches
- Le Comte de Bouderbala, né le 06 janvier 1979 à 16h30 à Saint-Denis
- Jeff Panacloc, né le 08 septembre 1986 à 12h50 à Nogent-sur-Marne
- Florent Peyre, né le 14 mai 1980 à 23h00 à Valence
- Elodie Poux, née le 03 septembre 1982 à 14h35 à Longjumeau
- Ahmed Sylla, né le 10 mars 1990 à 19h00 à Nantes
- Arnaud Tsamère, né le 11 mars 1975 à 11h00 à Bordeaux
L’humoriste Florence Foresti est née sous une dominante Mars-Lune en Bélier au-dessus de l’Ascendant, Jupiter en Verseau au Milieu-du-Ciel et un amas Soleil-Mercure-Pluton-Uranus au Descendant, sur fond Scorpion. Tous les Pouvoirs (extensif et intensif) sont donc en zone d’angularité dans le thème.
Avec une telle formule, on veut à la fois être un homme (ou ici, une femme…) de terrain, agissant efficacement sur les réalités concrètes (Mars), une figure reconnue et triomphant par son paraître (Soleil), le tout en restant authentique en toute circonstance (Pluton).
Dure perspective à priori : vouloir être à la fois le « Roi » admiré, le « Guerrier » qui parle au nom de l’expérience et le « Sorcier » qui arpente les labyrinthes secrets du réel… Enfin, la Lune angulaire doit rendre également l’humoriste douée pour maintenir sa tranquillité d’être et savoir se mettre à l’abri de ce qui peut entraver son équilibre personnel.
Les dominantes astrologiques des humoristes
Les graphiques suivants indiquent les probabilités d’obtenir les valorisations de planètes et de familles planétaires RET observées chez les humoristes, en comparaison à des répartitions normales.
Les valorisations planétaires
Le graphique ci-dessous présente la probabilité, en ordonnée, d’obtenir des rangs hiérarchiques planétaires inférieurs à ceux d'une distribution aléatoire (de 0 % à 100 %). En abscisse, les planètes du thème astrologique, de la Lune à Pluton, sont indiquées.
Une seule planète présente un résultat atypique :
- Mars est survalorisé : 98,6 chances sur 100.
Par rapport à un échantillon de population aléatoire, il y a environ 99 chances sur 100 d’observer une valorisation moins importante de Mars. On note également que Jupiter affiche une probabilité relativement faible (6 %), sans toutefois atteindre un seuil de sous-valorisation significatif.
Les valorisations de familles planétaires
Le graphique suivant présente la probabilité d’obtenir des résultats statistiques moins élevés au niveau des familles planétaires RET, selon la même méthode.
Deux familles planétaires présentant des résultats anormaux :
- La famille « Pouvoir extensif » (P) est survalorisée : 96,6 chances sur 100 ;
- La famille « pouvoir intensif » (p) est survalorisée : 97,7 chances sur 100.
En comparaison à un échantillon de population aléatoire, on observe ainsi environ 97 chances sur 100 d’obtenir une valorisation plus faible pour la famille pouvoir intensif et pour la famille Pouvoir extensif.
Il est intéressant de noter que ces deux résultats astro-statistiques sont corrélés : Mars, qui est survalorisé, appartient à la famille Pouvoir extensif (« P »), elle-même survalorisée. L’interprétation principale met ainsi en lumière un Mars « P » dominant, qu'il convient de privilégier dans notre analyse des humoristes.
Après notre exploration des manifestations des pouvoirs visible (Soleil) et invisible (Pluton) dans notre société3, intéressons-nous désormais à l’expression des pouvoirs tangible (Mars) et d’homogénéisation (Lune) à travers le cas particulier des humoristes.
Un Pouvoir politique et social
Des acteurs du débat public
Lorsqu’on parle d’humour, on fait de prime abord allusion aux mots d’esprit qui animent nos échanges, dissipent l’ennui et favorisent la convivialité.
Pourtant, chez les humoristes professionnels, cet aspect léger cache un véritable pouvoir d’influence, notamment de persuasion. Selon de récents travaux en sciences sociales 4, cette occupation à priori « désinvolte » a en réalité une implication politique et sociale. L’existence même des humoristes est la preuve que notre société leur délègue une forme de pouvoir et cautionne leur démarche.
Quelle est cette démarche ? Celle de dénoncer publiquement des faits jugés socialement et politiquement condamnables. Se produire sur scène ou dans les médias pour véhiculer un message humoristique exige une certaine forme de manipulation des idées. Captiver le public, provoquer le rire, susciter la réflexion, marquer les esprits… Ainsi, les humoristes s’imposent comme des acteurs majeurs du débat public. Chacun propose sa vision du monde, son point de vue, son interprétation distanciée et située de notre société.
En leur accordant notre attention, ne serait-ce que pour rire avec eux, nous nous engageons socialement et politiquement. Qu’on partage ou non leur point de vue, nous les écoutons, participons à leurs débats et entrons dans leur jeu. L’humour pratiqué par les professionnels est porteur d’un regard réflexif sur le monde. Il utilise le rire pour proposer un regard décalé et participer aux transformations sociales.
Mais en quoi cet engagement idéologique et sociétal peut-il être relié à Mars en astrologie, et plus précisément à sa facette « Pouvoir extensif » ? Dans notre précédente étude sur les académiciens, nous avons relevé que Mars, du point de vue des Pouvoirs, concerne l’acteur économique, qui prend les décisions concernant l’économie d’un pays et s’occupe de la gestion des biens matériels. On peut tout aussi bien associer cette planète au rôle social des humoristes.
Le Pouvoir marsien, symboliquement celui du guerrier, concerne la gestion des interactions avec l’environnement, la défense de ses intérêts personnels et ceux de son groupe. Dans cette optique, il traduit une lutte pour un vécu plus juste, pour une société plus en accord avec ses aspirations, un engagement contre les inégalités sociales, ethniques, culturelles ou idéologiques. En ce sens, il exprime une dynamique de transformation de ses échanges et confrontations avec le monde extérieur.
En proposant un regard alternatif et en participant aux débats sociétaux, les humoristes exercent bien une influence sur la gestion et l’organisation de leur environnement (Pouvoir extensif marsien). Ils défendent une société prenant en compte les préoccupations et intérêts de chacun, et qui favorise une plus grande liberté de penser et d’agir.
La parole humoristique, par son pouvoir d’influence, est un outil essentiel de notre esprit critique. Elle a pour devoir « de corriger les hommes en les divertissant » comme le disait Molière. On dit que les humoristes participent à façonner les idées de leur époque (Mars « P »). À tel point que ce pouvoir d’influence est parfois perçu comme une menace. Dans les pays où la liberté d’expression est étouffée par la dictature, les artistes du rire se font rares, se cachent, voire finissent en prison.
Sur l’évolution de l’humour en France
Selon les époques et les bouleversements sociaux, on ne rit ni des mêmes sujets ni de la même manière. Le jeu des humoristes, qui consiste à mettre en lumière les représentations sociales et à en dénoncer les inégalités et abus, évolue selon le contexte et les enjeux collectifs. Poursuivons donc notre investigation en nous intéressant à l’évolution de l’humour en France ces dernières décennies 5. Voyons comment le Pouvoir marsien d’influence politique et sociale décrit plus haut s’exprime selon l’environnement dans lequel il se situe.
L’humour des années 70-80 interroge les classes sociales et s’oppose à l’ordre établi et à l’élite bourgeoise. Coluche est une figure emblématique de cet humour politique : « la chambre des « dépités », la moitié sont bons à rien, l’autre moitié sont prêts à tout » ou encore « Les politiciens, il y en a, pour briller en société, ils mangeraient du cirage ». Observateur critique, il s’emploie à révéler les manipulations du pouvoir en place. Pierre Desproges, dans le même esprit, joue également ce rôle de contre-pouvoir : « Quand un politique prononce son discours, tout le monde est convaincu sauf lui-même ».
Dans les années 90 émerge ce que les sociologues appellent la « politique de l’identité ». Avec la multiplication des cafés-théâtres, la scène humoristique se diversifie. Muriel Robin et Pierre Palmade illustrent un humour mettant en scène différents personnages imaginaires autour de saynètes. S’y ajoutent ensuite les questions des différences culturelles et des stéréotypes, illustrées par des personnages aux identités marquées comme Madame Sarfati, incarné par Élie Kakou, caricature de la mère juive cherchant à marier sa fille, ou le Beur Président, interprété par Smaïn, qui joue sur son origine arabe.
Dans les années 2000, où parler de son identité pouvait être perçu comme du communautarisme, les humoristes investissent un genre nouveau, où l’on parle de soi et de ses différences. Cela ouvre un espace où les minorités peuvent déconstruire les préjugés. Jamel Debbouze, par exemple, aborde la question de la classe sociale et joue sur les stéréotypes : « À Trappes (sa banlieue de naissance), l’ascenseur social est resté bloqué au sous-sol » et au sous-sol « ça pue la pisse ! ». Plus tard, avec le Jamel Comedy Club, il favorise une multiplication des registres et expressions identitaires où les stéréotypes sont désacralisés.
Les années 2000-2010 marquent l’avènement des humoristes femmes. Florence Foresti, à travers différents personnages, met en scène son incapacité à rentrer dans les codes de genre. Il ne s’agit pas seulement de dénoncer le sexisme mais également d’interroger la binarité masculin et féminin, qui ne rend pas compte de la diversité des identités. Blanche Gardin propose un regard différent et joue sur les codes de la respectabilité féminine, contredisant ce qui est attendu de la féminité traditionnelle : « Il ne se passe plus rien dans ma vie… Ah si, je mets des colliers. Quitte à ne pas me faire baiser, autant ressembler à une femme de lettres ».
Depuis plusieurs décennies, les humoristes occupent une place de choix dans les médias, radios et télévisions. Ils sont devenus des acteurs à part entière du débat public (Mars « P »). L’espace de contre-pouvoir dans lequel ils s’expriment leur permet de proposer une vision distanciée de la société et de participer aux transformations sociales, reflétant bien la signature astrologique du Pouvoir extensif marsien.
Si le rire fait figure de baromètre social, il reflète également les réactions autorisées face à tel ou tel sujet. L’humour peut être subversif, mais il est alors aussi plus risqué : lorsqu’il remet trop en question l’ordre en place, il n’est jamais très longtemps toléré. En cela, le rôle des humoristes délimite l’espace du rire ou par extension, la latitude d’expression accordée au Pouvoir Mars « P » dans notre société. La liberté d’expression totale n’existe jamais vraiment.
Une fonction inclusive et recréatrice ?
Du lien social
La famille planétaire « pouvoir intensif » est également survalorisée chez les humoristes cultes. Si le pouvoir politique et social exercé par ces derniers recoupe largement les attributions d’un Mars « P », comment expliquer que la famille pouvoir intensif ou « p », diamétralement opposée à cette formule dans le diagramme RET, soit elle-même survalorisée ?
Le « pouvoir intensif » a pour fonction de rassembler, homogénéiser, inclure. Il sensibilise au plus haut point à la communauté d’appartenance, au groupe au sein duquel on se sent intimement intégré. Lorsque cette fonction est bien assimilée, on se sent familier, on se soutient et se solidarise mutuellement. On organise son quotidien selon les normes de son groupe, dont on partage à priori les habitudes et qui constitue un réseau de relations et de soutiens privilégié.
Selon de nombreux auteurs 6, l’humour renforce le lien social et crée un sentiment d’appartenance entre les gens, rappelant les valeurs de la famille astrologique pouvoir intensif. Par le biais d'une communication adaptée, l’humour met en relation les individus, développe une convivialité, un espace de partage basé sur des valeurs communes et crée un sentiment de familiarité.
Les préférences humoristiques donnent le sentiment de faire partie d’un même groupe, de s’y sentir bien et compris. Ce sentiment d’appartenance permet aux personnes concernées de se retrouver et de développer des liens significatifs, de favoriser des relations de qualité, de renforcer l’aisance et la confiance à s’exprimer. L’humour rapproche les individus en interrogeant subtilement leurs codes et références sociales.
Dans l’image qu’il projette de la réalité sociale, l’humour participe à la construction du sens commun sous un angle particulier (pouvoir intensif « p »), plus encore lorsque les individus appartiennent à un même groupe social, une même tranche d’âge, une même origine ethnique, religieuse ou philosophique. L’humour recherche volontairement l’inclusion et le renforcement d’un « nous commun », permettant à chacun de se situer socialement et culturellement.
Ainsi, les classes sociales favorisées ont tendance à aimer l'humour au second degré, qui joue sur la mise à distance des hiérarchies sociales, tandis que les classes moins dotées en capital culturel apprécient davantage un humour basé sur le gag et la blague. Les pitreries du comique anglais Mr Bean ne feraient pas rire les personnes de plus de 65 ans, qui n’apprécieraient guère son cynisme ; l’humour de Charlie Hebdo ne serait pas du goût des moins de 30 ans, jugé anarchiste et hostile à toute forme d’autorité…
Nos préférences humoristiques reflètent et renforcent notre vision du monde et de nous-mêmes, tout en mettant en lumière des normes esthétiques et morales. Elles donnent à voir un ensemble de représentations sociales liées aux styles de vie, aux us et coutumes, aux modèles et normes valorisées ou rejetées au sein du groupe. Elles renforcent le sentiment d’appartenance et de cohésion, incarnant bien la logique d’inclusion du pouvoir intensif lunaire.
Un pouvoir libérateur
D’un autre point de vue, le pouvoir intensif peut être corrélé à la dérision permise par l’humour, qui permet de supporter certaines réalités tout en dénonçant leur absurdité et la résignation qu’elles imposent. L’humour est également un mécanisme de défense et a un effet thérapeutique : on se moque de la faim, de la misère, des inégalités sociales. Il souligne un besoin de recul face à un rythme de vie amenant son lot d’anxiété, parfois d’injustice.
La Lune, qui forme à elle seule la famille « p », a également une fonction « d’homogénéisation, de globalisation et de régulation globale, de fluidification et d’harmonisation des conflictualités et tensions latentes induites par l’hétérogénéité du Pouvoir extensif 7 ». Lorsque cette famille planétaire est bien intégrée, l’individu sait maintenir sa sérénité, sa tranquillité d’être, et se préserver des confrontations excessives du monde extérieur. Par extension, le pouvoir intensif concernera ce qui protège, régénère, les voies libératrices de ce qui peut entraver l’équilibre personnel.
En 1905, Freud 8 écrivait justement qu’il considère l’humour comme « la plus haute des réalisations de défense » et que, contrairement à d’autres mécanismes de défense, il « dédaigne de soustraire à l’attention consciente le contenu de représentation attaché à l’affect pénible ». Le rôle existentiel de l’humour en fait une force indiscutable pour détourner les émotions négatives (peur, doute, souffrance…) et joue une fonction de catharsis. Il permet de déplacer le caractère angoissant du vécu, d’évacuer certaines tensions sociales indicibles ou des conflits intimes personnels.
Le rire dédramatise les problèmes et les rend plus supportables. Véritable libération, il dissout les tensions accumulées, favorise la prise de distance et allège ce qui pèse sur l’équilibre mental (pouvoir intensif « p »). Son usage indique un besoin de décalage avec la réalité, un soutien ou un remède et devient le gage d’un bien-être. L’humour allège le poids des réalités et constitue un excellent moyen de gérer les émotions négatives.
L’humour a ainsi une forte composante « pouvoir intensif », car il joue un rôle recréateur et libère des émotions négatives et angoisses quotidiennes. Il permet de reconnaître ces pensées et émotions dérangeantes, de les exprimer et de s’en libérer, évitant ainsi de se laisser submerger. En résumé, il contribuerait à une meilleure économie interne (Lune « p »).
L’humour a également constitué une forme de résistance aux persécutions subies autrefois chez certaines sociétés moins bien favorisées. C’est notamment le cas des Juifs, dont le passé a permis la création de l’humour juif, souvent destiné à rire pour ne pas pleurer.
Les Juifs ont eu, dans de nombreux pays, une histoire singulière, incomparable à celle d’autres groupes humains. Si les drames ne prêtent guère à rire, l’humour juif a souvent été un moyen de résilience face aux persécutions et à la misère endurée au fil des siècles. L’humour leur a alors permis de transcender ces épreuves douloureuses et d’y puiser une source d’espoir et d’inspiration (pouvoir lunaire).
Enfin, la psychologie positive 9 suggère que ceux qui savent faire preuve d’humour dans des circonstances difficiles (dépression, solitude, maladies, accidents de la vie…) y trouvent un véritable remède et un moyen de résilience. L’humour aurait un effet bénéfique sur les défenses de l’organisme (« p » intensif) et appartiendrait aux compétences qui feraient de nous des individus dotés d’une bonne santé mentale, aux côtés notamment de l’estime de soi, de l’optimisme et du sentiment de sécurité.
Un cadre probabiliste et des résultats conditionnels
La cohorte d’humoristes que nous avons sélectionnée a permis d’observer puis d’analyser des résultats astro-statistiques significatifs. Nous avions évoqué en introduction ses particularités, notamment la variété des styles humoristiques et la diversité générationnelle de ses membres, conditions à priori peu favorables à notre étude. Ces spécificités, néanmoins, ne nous ont pas empêchés d’obtenir des résultats statistiques atypiques et de mener cette investigation avec succès.
Tout est une question de probabilité : une cohorte aux styles variés a moins de chances, mais non aucune, d’engendrer des résultats statistiquement significatifs. Au premier abord, il y avait simplement moins de chance d’observer de tels résultats, la cohorte ne réunissant pas toutes les conditions à priori favorables. À l’inverse, une cohorte rassemblant toutes ces conditions peut ne faire ressortir aucun résultat saillant si la probabilité ne joue pas en sa faveur.
Si l’environnement astro-statistique est probabiliste et non systématique, les résultats obtenus sont par nature conditionnels et relatifs. Lorsqu’un élément du thème est anormalement valorisé dans une cohorte, cela signifie-t-il que ce résultat soit présent chez chaque individu qui la compose ? En réalité, ces valorisations ont avant tout une dimension collective et concernent l’ensemble du groupe.
De nombreux humoristes présentent une dominante de Mars et des familles planétaires « P » et « p », mais d’autres ne les possèdent pas. Les premiers, majoritaires, ont développé les aptitudes comportementales et cognitives nécessaires à l’exercice de l’humour professionnel à partir de ces dominantes astrologiques. Les seconds, en revanche, ont acquis ces mêmes aptitudes à partir d’autres dominantes astrologiques. C’est parfaitement possible, mais ils sont simplement moins nombreux.
En référentiel Objet, on peut dire que le travail des humoristes possède intrinsèquement une dimension marsienne, « P » et « p », puisque ces planètes et familles planétaires sont survalorisées au sein de la cohorte. Pourtant, certains humoristes ont acquis ces compétences sans que ces dominantes soient présentes dans leur thème. Cela dépend de leur capacité d’adaptation, d’autant plus que l’humour se décline en une grande variété de styles.
Nous savons que le lien entre le thème astrologique et la structure psychologique d’un individu dépend de divers déterminismes (génétiques, socioculturels, éducatifs…). Nous voyons désormais que le lien entre la structure psychologique et l’activité est non linéaire et peut avoir des origines multiples. Des individus ayant des structures psychologiques différentes peuvent ainsi se retrouver dans une même activité. L’influence astrologique est, par nature, conditionnelle.
Note méthodologique — mise à jour
Cet article a été rédigé à partir d’analyses réalisées avec le logiciel AstroStat, développé par Julien Rouger. Depuis cette publication, nous avons poursuivi ce travail dans le cadre du moteur statistique GéoAstro, qui reprend la même logique méthodologique dans une approche plus synthétique.
De légères différences peuvent ainsi apparaître entre les résultats obtenus avec AstroStat et ceux générés avec GéoAstro, sans remettre en cause les tendances principales décrites dans cet article.
Les graphiques présentés ici ont été produits a posteriori avec GéoAstro, à partir des mêmes cohortes, afin d’offrir une représentation visuelle homogène des résultats.
Annexe : Les humoristes cultes – Pouvoir extensif (P)
Cette annexe présente des éléments statistiques complémentaires concernant les humoristes cultes, fondés sur des représentations graphiques non incluses dans l’article principal. Ces résultats visent à élargir la perspective analytique et à soutenir une interprétation plus nuancée des données.
Le résultat présenté ici correspond à l’écart statistique le plus marqué observé dans le groupe et est proposé comme exemple illustratif de la méthode d’évaluation statistique appliquée à l’ensemble des planètes.
Courbe de distribution gaussienne
Une fonction gaussienne est une fonction exponentielle utilisée pour représenter la distribution d’un ensemble de données en fonction de la densité de ses valeurs. La courbe gaussienne ci-dessous illustre la probabilité d’observer, dans la population générale, une valorisation du Pouvoir extensif (P) inférieure à celle constatée chez les humoristes emblématiques.
Le graphique ci-dessus présente les résultats suivants pour le Pouvoir extensif (P) :
- Probabilité empirique : 96,6 % des simulations produisent un score inférieur.
- Z-score : −1,77, indiquant que le résultat est statistiquement significatif.
- P-value théorique : 0,961, indiquant la position relative du résultat observé au sein de la distribution théorique attendue sous l’hypothèse nulle.
Courbe d’estimation de densité par noyau (KDE)
En statistique, l’estimation de densité par noyau (KDE) est une méthode non paramétrique permettant d’estimer la fonction de densité de probabilité d’une variable aléatoire à partir de données observées. La courbe KDE est fondée sur les valeurs de rang hiérarchique, le logiciel calculant les estimations de probabilité à partir de la distribution empirique de ces rangs.
Le graphique ci-dessus présente les résultats suivants pour le Pouvoir extensif (P) :
- Rang du groupe : 3,9 sur une échelle de 1 à 8.
- Écart-type du groupe : 0,2, indiquant la dispersion des valeurs autour du rang moyen.
- Rang attendu : 4,3, correspondant à la moyenne théorique sous l’hypothèse nulle.
Les courbes gaussienne et KDE offrent une représentation statistique complémentaire aux histogrammes globaux, en permettant d’examiner plus finement la distribution des rangs pour un élément donné, et d’en situer la position relative au sein de la population étudiée.
Notes
1 Rire - 100 humoristes cultes ! Hugo Image, Christine Dauphant, 2019.
2 Le livre mentionne également les noms suivants, dont la DN complète n’est pas connue : Garcimore, Elie Kakou, Zouc, Laurence Arné, Constance, La Bajon, Léa Lando, Nawell Madani, Laurie Peret, Nadia Roz, Gaspard Proust, Bruno Counard, Vincent Counard, Kad Merad, Bruno Sanches, Vincent Dedienne, Jérémy Ferrari, Haroun. Certains sont nés à l’étranger, ce qui rend leur heure de naissance indisponible. Pour d’autres, l’État civil n’a pas pu retrouver d’enregistrement à la date connue.
3 Voir le texte précédent : « Les immortels – les membres de l’Académie française ».
4 De l’importance du pouvoir politique et social des humoristes, Christelle Paré, professeure d’histoire de l’humour, entretien accordé au magazine Le journal du Québec, avril 2018.
5 Le pouvoir de l’Humour, Nelly Quenemer, Éditions Armand Colin, 2014.
6 Lire notamment : « L’humour, ressource personnelle et collective dans l’action sociale », Geneviève Besson, Vie Sociale, 2010/2.
7 « Lune : pouvoir intensif », Richard Pellard, AstroAriana.com.
8 Sigmund Freud, Le mot d’esprit et sa relation avec l’inconscient, Gallimard.
9 Norman Cousins, La Volonté de guérir, Éditions du Seuil, 1981.